• Adhérent :

Le numérique dans les programmes des candidats à la présidentielle 2017 : état de l’art et perspectives

Le numérique dans les programmes des candidats à la présidentielle 2017 : état de l’art et perspectives

Vascoo-UP

A quelques exceptions près (Philippe Poutou et Nathalie Arthaud n’y font quasiment pas mention), le numérique a fait partie du programme de chaque candidat à la présidentielle, sous forme de mesures précises ou de grandes lignes. On y retrouve sans grand étonnement l’orientation politique ou l’intérêt de chacun pour le domaine. Voici un état des lieux des mesures proposées par chaque candidat, lorsqu’elles existent, par grande thématique impactée par le numérique.

Accès géographique et social au numérique

L’accès au Très Haut Débit sur le territoire fait partie des mesures phares de la plupart des candidats. Pour Emmanuel Macron (En Marche !), il convient d’éliminer les zones sans réseau ou zones blanches, en y apportant la 4G et en doublant le nombre d’antennes mobiles. François Fillon (Les Républicains) plaide pour une réorganisation et un refinancement du Plan France Très Haut Débit, et le lancement d’un « Plan 5G ». Dans son programme intitulé « Pour de nouveaux droits et libertés numériques », Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) a proposé un plan d’investissement des infrastructures, pour permettre l’accès au Très Haut Débit sous 5 ans et une couverture totale 4G du territoire sous 10 ans. Benoît Hamon (Parti socialiste) a misé sur l’instauration d’un droit à la connexion numérique et une garantie d’accès mobile réel sur l’ensemble du territoire. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) s’est exprimé en faveur de l’accès à la fibre optique, à l’Internet très haut débit et à la télévision numérique sur tout le territoire. Jean Lassalle (candidat indépendant) a proposé de pénaliser les opérateurs en cas de non couverture du territoire en haut débit, tandis que Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) a plaidé pour une couverture numérique du territoire financée par l’Etat.

Services publics

Autre thème mis en avant par les candidats à la présidentielle 2017, le numérique dans les services publics. Deux angles se démarquent dans les programmes : la dématérialisation des services publics et la mise en place de logiciels libres dans les administrations.

Concernant la dématérialisation des services publics, Emmanuel Macron s’est engagé à ce que d’ici 2022, 100% des démarches administratives puissent être effectuées par les citoyens via Internet. Le candidat d’En Marche propose la création d’un compte citoyen en ligne, qui rassemblera sur une même interface tous les droits des citoyens, comme ceux liés à la santé, à l’emploi, à la fiscalité, etc. Il suggère également la création d’un service public numérique de la justice. François Fillon, pour Les Républicains, a également souhaité favoriser la e-démocratie en dématérialisant l’intégralité des procédures administratives, et en fournissant une identification numérique unique à chaque citoyen. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) soutient la dématérialisation des services publics, de pair avec le maintien des services de proximité. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) a envisagé la création d’un fonds destiné à numériser les services publics, sur la base d’expérimentations locales. Enfin, Benoît Hamon (Parti socialiste) a abordé la dématérialisation des services publics sous l’angle d’une perte possible d’accès aux droits pour certains usagers : pour les soutenir, il a proposé de mettre en place un fond « 0% non-recours ».

Parallèlement, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), dans son programme, a souhaité généraliser les logiciels libres dans les administrations et les établissements publics, tandis que Benoît Hamon (Parti socialiste) entendait les promouvoir seulement. François Asselineau (Union Populaire Républicaine) s’est exprimé en faveur des logiciels libres dans les ministères de la Défense et de l’Education nationale. Enfin, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) a traité cette question d’un point de vue national, souhaitant faire de la France « la championne des logiciels libres ».

Etat 

Le programme du Front National est peu précis en matière de numérique, mais il y est question d’inscrire les libertés numériques dans la Constitution, en tant que libertés fondamentales. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), quant à lui, a proposé d’inscrire dans la Constitution le droit d’accès à Internet.

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) comme François Asselineau (Union Populaire Républicaine) ont abordé la question du numérique et de l’Etat sous deux angles : celui de la nationalisation de certaines entreprises – Orange pour les deux candidats, TDF pour François Asselineau -, et celui des systèmes d’information, qu’il s’agisse d’en garantir la souveraineté (Dupont-Aignan), ou la protection (François Asselineau). Nicolas Dupont-Aignan est également favorable à la création d’un moteur de recherche et de réseaux sociaux francophones, et d’une OPA amicale de l’Etat sur Nokia-Alcatel.

Enfin, Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) a proposé la création d’un « grand service public du numérique », chargé de garantir un accès universel au numérique à tous les citoyens, à des tarifs réglementés.

Protection des données et neutralité du Net 

Les programmes des candidats se montrent tous sensibles à la question de la protection des données sur le net. Emmanuel Macron (En Marche !) souhaite rendre transparent l’usage des données privées par les acteurs du numérique. Il envisage de renégocier le Privacy Shield[1] d’ici 2018, et de proposer la création d’une Agence européenne pour la confiance numérique. Celle-ci serait chargée de réguler les grandes plateformes numériques et de garantir la protection des données personnelles. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) souhaite également la renégociation du Privacy Shield, tandis que Benoît Hamon (Parti socialiste) plaide pour un accord international pour la protection des données personnelles et la neutralité du Net.

Marine Le Pen (Front National) envisage d’instaurer une charte à valeur constitutionnelle, dans laquelle figurera la protection des données personnelles des Français, de même que l’obligation de stocker ces données sur des serveurs situés en France. De même, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) souhaite que les données des usagers français soient hébergées en France, et que ces usagers disposent d’un droit à l’oubli, tout comme François Asselineau (Union Populaire Républicaine) , qui défend le droit à l’anonymat et est favorable à la neutralité d’Internet et au stockage des données en France.

Les « Géants du web »

Emmanuel Macron (En Marche !) s’est récemment engagé à faire accepter aux grandes compagnies du web la possibilité de réquisitions légales des services cryptées, afin de lutter contre le terrorisme[2]. Face aux « géants du net », Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) prône des modèles alternatifs, fondés sur « le partage, la création en commun et la protection de la vie privée », citant en exemple des initiatives comme Wikipédia, Firefox ou encore GNU/Linux. Le programme de Jean-Luc Mélenchon pour le numérique est axé sur le « numérique en commun », par opposition au « numérique des multinationales ». Face à ces mêmes multinationales, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) défend la protection des structures francophones telles que Deezer ou Dailymotion.

PME et innovation

Le candidat d’En Marche propose un accompagnement des TPE et PME dans la transformation numérique, notamment par un accès privilégié à la formation professionnelle. Il plaide en faveur d’une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. François Fillon (Les Républicains), quant à lui, avait fixé l’objectif d’accompagner d’ici 2022 100% des PME et PMI, contre 10% actuellement. Il proposait également la création de fonds sectoriels et technologiques dans des domaines comme la cybersécurité, la blockchain, l’agritech ou encore la e-santé. Pour soutenir les PME et les start-ups, Marine Le Pen (Front National) propose de recentrer le Crédit Impôt Recherche vers ces entreprise, de diriger une part de l’assurance-vie vers le capital-risque et les startups, et d’inciter les grands groupes à créer leur propre fonds pour financer les entreprises innovantes.

Europe et international 

Peu de candidats envisagent le numérique à l’échelle européenne ou internationale. Emmanuel Macron (En Marche !) souhaite un marché unique du numérique en Europe et la mise en place d’un Fonds européen de financement en capital-risque, pour accompagner la croissance des start-up européennes du numérique. François Fillon (Les Républicains) a suggéré de faire de l’Europe un pôle d’innovation en matière d’intelligence artificielle et de blockchain. Benoît Hamon (Parti socialiste) a envisagé de porter le principe d’égalité entre les plateformes numériques et les autres médias au niveau européen, et un traité international des libertés numériques au niveau international. Enfin, François Asselineau (Union Populaire Républicaine) propose la création d’un Haut-Commissariat du numérique (HCN) à l’ONU.

Education et formation

François Fillon (Les Républicains), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Benoît Hamon (Parti socialiste) ont inscrit dans leur programme l’enseignement et la formation au numérique à l’école, à l’université et au niveau professionnel. Les autres candidats s’exprimant sur le sujet se sont focalisés sur l’enseignement primaire et secondaire. Ainsi, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) s’est exprimé contre l’enseignement du numérique au primaire, au collège et au lycée. Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) souhaite que l’usage des écrans à l’école soit interdit pour les moins de six ans, ainsi que les cours sur tablettes ou écrans numériques au primaire. Jean Lassalle (candidat indépendant), à l’inverse, défend la généralisation de la pratique de l’informatique dès le primaire.

Emploi 

Les mesures proposés par les candidats en matière d’emploi lié au numérique sont disparates. Le FN envisage la création d’un secrétariat d’État dédié aux mutations économiques, afin d’anticiper les évolutions des formes de travail liées aux nouvelles technologies, notamment l’ubérisation et la robotisation. Le PS a proposé l’instauration d’une contribution sociale sur les robots, qui aurait financer un Fonds de Transition Travail (FTT) destiné à soutenir la création de nouveaux emplois. Le programme rappelle également le droit à la déconnexion. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) a mis l’accent sur le télétravail, et sur l’adaptation du Code du travail aux transformations liées au numérique. Jean Lassalle (candidat indépendant) a proposé la création d’un site public de comptabilité en ligne pour les travailleurs indépendants, tandis que François Asselineau (Union Populaire Républicaine) a indiqué sa volonté de lutter contre l’« ubérisation » de la société.

Santé 

Le programme d’Emmanuel Macron (En Marche !) évoque le développement de la télémédecine et du numérique dans le domaine de la santé, tout comme François Fillon (Les Républicains). Ce dernier a également plaidé pour un déploiement rapide des objets connectés de santé, et pour l’utilisation du big data dans l’analyse des données de santé.

Démocratie, participation citoyenne

Emmanuel Macron (En Marche !), François Fillon (Les Républicains) et Benoît Hamon (Parti socialiste) ont inscrit dans leur programme la participation des citoyens à l’élaboration des lois et à l’évaluation des politiques publiques, grâce au numérique.

Ecologie 

Le programme de Benoît Hamon (Parti socialiste), soutenu par Europe Ecologie-Les Verts, est le seul qui envisage le numérique en lien avec la transition écologique, avec l’obligation d’afficher les consommations des outils numériques, de soutenir la recherche publique pour augmenter le cycle de vie des appareils numériques, et de soutenir la conception de data-centres à énergies positives. Il s’agit enfin de rendre obligatoire la clause environnementale dans les marchés publics touchant au numérique.

Culture 

En matière de culture, plusieurs candidats se sont exprimés en faveur de la suppression de la loi Hadopi, en l’occurrence Marine Le Pen (Front National), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !) et Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste). Jean-Luc Mélenchon propose la création d’un service public de l’internet et d’une plateforme publique d’offre légale de musique, films et contenus culturels en ligne. Nicolas Dupont-Aignan défend un programme de numérisation du patrimoine français, tandis que Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), pour sa seule mention du numérique, propose d’encourager les initiatives culturelles locales et régionales dans les milieux populaires, qu’elles soient numériques ou non.

Amélie Bonnet
Consultante

[1] Le Privacy Shield ou « bouclier de protection des données » est un accord conclu entre l’Union européenne et les Etats-Unis sur la protection des données personnelles, en 2015-2016.

[2] https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/851387390455410688?ref_src=twsrc%5Etfw&ref_url=http%3A%2F%2Fpremium.lefigaro.fr%2Fsecteur%2Fhigh-tech%2F2017%2F04%2F11%2F32001-20170411ARTFIG00150-les-propositions-d-emmanuel-macron-sur-le-chiffrement-exasperent-la-communaute-du-numerique.php

Post confinement : nos formations en ligne restent gratuites

La période de confinement aura chamboulé nos habitudes personnelles et professionnelles. 

Vascoo UP continue de vous proposer des formations gratuites et interactives que vous pourrez suivre en ligne. Elles présentent des méthodes et des outils pour exploiter pleinement les possibilités offertes par le numérique. Ceci bien entendu sans aucune condition ou engagement.